À Gatumba, former la jeunesse à la riposte en contexte d’inondation
Comprendre le risque vectoriel et renforcer la prévention auprès des populations exposées aux inondations.
Il y a des formations qui se donnent dans des salles climatisées, loin du réel. Et il y a celles qui se tiennent là où le réel vous saute au visage. C’est dans ce second registre que s’inscrit la journée d’atelier organisée par le Corps des Jeunes de Lutte contre le Paludisme du Burundi (CJLP-Burundi) au Parc National de la Rusizi, avec des organisations de jeunesse engagées dans la santé et l’environnement. Le cadre n’a rien d’anodin : ce parc, joyau de biodiversité aux portes de Bujumbura, est aussi le théâtre d’une équation sanitaire que les inondations de Gatumba rendent chaque jour plus urgente.
Quand l’eau monte, le risque sanitaire explose
Les inondations de Gatumba ont fragilisé les conditions de vie des populations riveraines. Les déplacements, les difficultés d’accès à l’eau potable et aux soins, ainsi que l’exposition aux moustiques, renforcent les besoins de prévention. Dans ce contexte, la mobilisation communautaire accompagne les réponses sanitaires et humanitaires.
Pourquoi le Parc National de la Rusizi ?
Le Parc national de la Rusizi permet de comprendre concrètement les liens entre l’eau, les écosystèmes et la santé. Former les jeunes dans ce cadre, c’est les inviter à protéger les zones humides tout en participant à une gestion adaptée des risques sanitaires, avec les autorités compétentes.
Un atelier pour outiller la jeunesse
La journée a réuni des membres du CJLP-Burundi et des représentants d’organisations de jeunesse partenaires. L’objectif était clair : renforcer les capacités des jeunes à comprendre et à agir face aux maladies à transmission vectorielle dans un contexte de crise climatique et humanitaire. Au programme : des sessions sur les liens entre inondations, déplacements de population et recrudescence du paludisme ; des échanges sur les méthodes de lutte antivectorielle adaptées aux zones inondées ; et des discussions sur le rôle que les jeunes peuvent jouer dans la surveillance communautaire et la sensibilisation de proximité.
Le CJLP-Burundi, section nationale du Malaria Youth Corps lancée en 2026 et travaillant en lien avec le Programme National Intégré de Lutte contre le Paludisme, a rappelé sa vocation : être une force de frappe communautaire, capable d’atteindre les ménages que les services de santé peinent à toucher, de porter la voix de la prévention et de connecter les enjeux environnementaux aux enjeux sanitaires. L’atelier s’inscrit pleinement dans cette mission, en formant une nouvelle génération de jeunes capables de lire le risque vectoriel à la lumière des dynamiques environnementales.
Une réponse intégrée, dans la lignée de « Wetlands for Peace and People’s Health »
Cette journée de formation ne s’est pas construite dans le vide. Elle prolonge l’esprit du programme « Wetlands for Peace and People’s Health », porté par MKAAJI MPYA asbl et l’APEBH, auquel les jeunes engagés dans cette démarche ont contribué en 2025, avant le lancement national du CJLP-Burundi. Ce programme repose sur un pari simple : on ne protège durablement la nature que si l’on protège en même temps la paix et la santé des communautés. Les inondations de Gatumba illustrent tragiquement cette interdépendance. La dégradation des zones humides et l’occupation anarchique des berges augmentent la vulnérabilité aux crues ; les crues déplacent les populations ; les déplacements créent les conditions d’une flambée du paludisme et des maladies hydriques. La réponse doit être à la hauteur de cette chaîne de causalités : environnementale, sanitaire et sociale à la fois.
En formant les organisations de jeunesse au cœur du Parc National de la Rusizi, le CJLP-Burundi ne se contente pas de dispenser un savoir. Il pose un acte de plaidoyer vivant : la lutte contre le paludisme passe aussi par la gestion de l’eau, la protection des zones humides et la préparation aux catastrophes climatiques. Les jeunes formés repartent avec une conviction et des outils. La suite s’écrira sur le terrain, dans les quartiers de Gatumba et au-delà, là où l’eau monte et où les moustiques attendent.
