Au bord du Tanganyika, agir à la source du paludisme
Retirer la jacinthe d’eau, rétablir les écoulements et mobiliser les riverains : la jeunesse passe à l’action.

Bujumbura, 2026 – La montée des eaux du Lac Tanganyika n’est pas seulement une catastrophe écologique et humanitaire ; c’est aussi une urgence sanitaire. Dans les quartiers riverains et les zones humides (marais) qui bordent le lac, les inondations ont créé des conditions idéales pour la prolifération des moustiques. Face à cette menace, le Corps des Jeunes de Lutte contre le Paludisme du Burundi (CJLP-Burundi), en collaboration avec d’autres organisations locales de la société civile et de protection de l’environnement, a pris la tête d’une vaste campagne d’assainissement et d’élimination des gîtes larvaires.
Cette action s’inscrit pleinement dans la stratégie de Lutte Antivectorielle (LAV) prônée par l’Alliance des Dirigeants Africains contre le Paludisme (ALMA) et le partenariat RBM (Roll Back Malaria) : Zéro paludisme commence avec moi.
La jacinthe d’eau : un piège écologique devenant un incubateur à vecteurs
Au cœur de la crise se trouve la jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes). Cette plante envahissante, classée parmi les pires espèces invasives au monde par l’UICN, forme des tapis denses à la surface du lac. Si son impact sur la pêche et la biodiversité est connu, son rôle dans la transmission du paludisme est tout aussi critique.
L’accumulation de jacinthes d’eau peut entraver les écoulements et contribuer à la stagnation. Le risque vectoriel dépend des caractéristiques locales des habitats aquatiques et doit être évalué sur le terrain. Pour le CJLP-Burundi, l’assainissement vise à améliorer ces conditions environnementales.
L’action sur le terrain : une approche multisectorielle et communautaire
Conscient que la lutte contre le paludisme ne peut être menée en silo, le CJLP-Burundi a mobilisé son réseau de jeunes volontaires et s’est associé à d’autres organisations intervenant dans la gestion des déchets, la conservation de la nature et l’assainissement urbain. Ensemble, ils ont mené des opérations de nettoyage manuel des berges, retirant des tonnes de jacinthes d’eau et rétablissant la circulation de l’eau.
Ce nettoyage s’accompagne d’une campagne de sensibilisation communautaire de proximité. Les jeunes du Corps expliquent aux habitants des quartiers inondés comment identifier et détruire les gîtes larvaires domestiques (pneus usagés, récipients abandonnés) et rappellent l’importance cruciale de dormir sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide (MILDA), même en période de déplacement ou de précarité.
Pourquoi La Gestion des Sources Larvaires (LSM) .
L’Organisation mondiale de la Santé décrit la gestion des sources larvaires comme une mesure complémentaire de lutte antivectorielle. Elle porte sur les habitats aquatiques qui permettent le développement des stades immatures des moustiques. Sa mise en œuvre doit s’appuyer sur une évaluation locale et un suivi adapté.
Deux formes de gestion environnementale éclairent l’action d’assainissement :
La modification de l'habitat : une altération permanente de l'environnement (par exemple, la récupération des terres ou le retrait mécanique des plantes aquatiques bloquant l'eau).
La manipulation de l'habitat : une activité récurrente, comme le curage des canaux ou le drainage des eaux stagnantes.
La gestion des sources larvaires exige une connaissance précise des habitats et une intervention adaptée au contexte. Le retrait de végétaux qui entravent l’écoulement fait ici partie d’un travail d’assainissement. La réduction de la densité des moustiques ou des cas de paludisme n’a pas été mesurée dans le cadre de cette campagne ; elle ne peut donc pas être présentée comme un résultat acquis.
De plus, l'OMS rappelle que la LSM ne doit pas remplacer les interventions de base (moustiquaires et pulvérisations intradomiciliaires), mais qu'elle les complète de manière durable. C'est exactement l'approche « Une Seule Santé » (One Health) que le CJLP-Burundi promeut : un environnement assaini protège la santé humaine.
Vers une armée de la jeunesse pour l'assainissement
Cette campagne de terrain illustre parfaitement le mandat du CJLP-Burundi en tant que chapitre national du Malaria Youth Corps d'ALMA. La jeunesse n'est plus une simple bénéficiaire des programmes de santé ; elle est une force motrice, capable de mener des actions concrètes, de plaidoyer auprès des autorités locales pour une meilleure gestion des déchets, et de faire le lien entre la science entomologique et les réalités du terrain.
Le travail est loin d'être terminé. Les graines de jacinthes peuvent rester viables pendant des années, et les pluies continueront de menacer les berges. Mais en unissant nos forces à celles d'autres organisations et en nous appuyant sur les preuves scientifiques, le CJLP-Burundi démontre que la lutte antivectorielle peut – et doit – commencer par la protection de notre environnement immédiat. Comme le dit le slogan d'ALMA : Zéro paludisme commence avec moi. Et cela commence aujourd'hui, au bord du lac.
Pour aller plus loin
L’assainissement s’inscrit dans une réponse intégrée. Il ne remplace ni les moustiquaires imprégnées, ni le diagnostic et le traitement précoces.
Consulter le manuel de l’OMS ↗

